SAINT ELOY, INVENTEUR DE SAINT PIAT

Jean Delattre

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Saint Piat, présenté comme le premier évêque de Tournai, a connu le martyr au deuxième siècle. Ses bourreaux lui ayant enlevé une partie de sa calotte crânienne, il parviendra à rejoindre Seclin (en partant de Tournai et ce pédibus) où il meurt et est enterré. Saint Eloy, quelques siècles plus tard (vers 650), découvre la tombe et le cercueil de Saint Piat (plus exactement quelques clous et ossements). La collégiale sera bâtie sur ce lieu sacré. Saint Piat connaîtra cependant encore de nombreuses vicissitudes. Ses restes seront transportés à Saint Ouen puis à Chartres  suite aux attaques de pirates normands. Seclin conserve toutefois quelques reliques dans une châsse dont la dernière ouverture officielle est datée de 1458. Son hagiographie ne sera écrite qu’au onzième siècle (et ne serait, selon certaines mauvaises langues, qu’une pâle copie de celle de Saint Lucien de Beauvais).

            Saint Piat est donc l’un des 120 saints céphalophores comptabilisés par Pierre Saintyves[1]. Christian Vandenberghen nous rappelle la coutume mérovingienne consistant à séparer la tête (l’esprit) du corps (le matériel) lors du décès et de l’inhumation. Il n ‘est donc  pas « étrange » de trouver ce type d’inhumation. Mais pourquoi faire un saint des restes trouvés  à Seclin?

            En 650, la christianisation n ‘est pas totalement établie. La région nord de Lille reste fidèle aux traditions germaniques, le sud étant plus romain de par sa tradition. Il est nécessaire de trouver des points de fixation pour ‘évangéliser’ durablement cette région et quoi de mieux qu’un saint à la vie (et à la mort) miraculeuse. Notons que Saint Eloy « double » cette découverte en inventant celle de Saint Eubert dont les restes sont trouvés à 900 mètres de ceux de Saint Piat  (le Mélantois est une terre de sainteté et d’église : Saint Piat, Saint Eubert, Saint Ladron, le cardinal Decourtray…). Mais pourquoi Seclin ?

            Dès la conquête romaine, il semble que Seclin soit un important centre. Seclin est un « vicus », petite agglomération aux fonctions commerciales, artisanales et religieuses (on parle d’une source miraculeuse se situant…sous la collégiale actuelle). La voie romaine allant vers Arras fait un détour par Seclin, signe de l’importance de ce vicus.   En faire un lieu de sainteté, ne peut que favoriser la christianisation. Saint Eloy l’a parfaitement compris et mis en application.

            Saint Eloy est un grand inventeur de saint, puisqu’il retrouvera également les restes de Saint Quentin, bref il est le détenteur d’une technique  infaillible pour favoriser la christianisation. Seclin peut remercier Saint Eloy, quant à Saint Piat (et Saint Eubert)…

 

 



[1] Les reliques et les images légendaires – Robert Laffont